Le Trésor de la cathédrale d’Angoulême, une découverte insolite

Dans cet article, je vous propose de partir à Angoulême en Charente. Nous visiterons sa cathédrale, Saint-Pierre. Ce joyau de l’art roman a subi plusieurs modifications dont une plus marquée au 19ème siècle mais elle cache en son sein encore bien d’autres choses insolites, alors en route ! 🙂

La cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême

La cathédrale d’Angoulême est un joyau de l’architecture romane, elle est située tout en haut du plateau du centre-ville, à côté du musée de la ville, qui propose notamment de belles collections archéologiques. La cathédrale voit débuter sa construction vers 1100, sous l’impulsion de l’évêque d’Angoulême Girard II, et sa consécration a lieu en 1128. Classée aux Monuments Historiques depuis 1840, elle est située près des remparts, sur l’emplacement d’un possible ancien temple dédié à Jupiter.

Elle a subi plusieurs modifications au fil des siècles et des destructions pendant les guerres de religion où elle a vu son clocher sud disparaître. Lors de la Révolution, elle est transformée en Temple de la Raison, un type de monument athée. L’intérieur et l’extérieur ont été sensiblement modifiés sur la période allant de 1852 à 1879. Paul Abadie, un architecte français né en 1812 est chargé de plusieurs chantiers en Dordogne, Gironde et Charente sur des églises romanes. Il contribue à la redécouverte du Moyen-Âge au 19ème siècle et restaure bon nombre d’édifices. Il participe aux travaux de Notre-Dame de Paris et en 1874, remporte le concours pour la construction de la basilique du Sacré-Cœur à Montmartre. Lors de ces restaurations, l’idée était de rétablir la cathédrale du 12ème siècle et de supprimer les éléments non romans, pour lui redonner une plus grande unicité.

Depuis l’extérieur, vous pourrez voir le clocher nord d’une hauteur de 59 m, il se compose de 6 étages tous, sauf le 1er, sont issus des reconstructions du 19ème siècle. A l’intérieur, on y retrouve 5 cloches fournies par la fonderie Guillaume à Angers, en 1863. Sa beauté réside aussi dans sa façade haute de 20 m mettant en scène des dizaines de personnages sculptés, un chef-d’œuvre de l’art roman du Sud-Ouest. Cette façade écran est plus spécifiquement une représentation de ce qui se fait dans la tradition dans le Poitou et la Saintonge.

Visite de l’intérieur

J’ai eu l’occasion de découvrir la cathédrale lors d’une visite guidée. On y retrouve un grand nombre d’éléments de style roman, plus précisément du néo roman dont je parlais plus haut, réalisé au 19ème siècle. La cathédrale est faite en calcaire turonien du plateau sur laquelle elle s’élève. Au centre, on retrouve une coupole octogonale, qui a été reconstruite et surélevée au 19ème siècle par Paul Abadie, pour gagner en luminosité. De manière générale, cette cathédrale est très lumineuse et on peut y admirer tous ses détails à la lumière du jour.

Paul Abadie avait supprimé les chapelles et construit 3 absidioles, de petites chapelles en demi-cercle, celle au nord-est date de l’époque romane. Au sud, se trouve une grande porte en bois et une statue de Jeanne d’Arc à sa droite. A l’intérieur, on découvre une salle qui présente différents objets dont notamment des statues et des tableaux. Sur un des tableaux, on peut voir Girard II, le fondateur de la cathédrale actuelle.

La salle du lapidaire

L’originalité de cette visite guidée réside dans le fait de pouvoir découvrir le Trésor de la cathédrale. Cerise sur le gâteau de l’insolite, le Trésor a été scénographié par Jean-Michel Othoniel. Si ce nom ne vous parle pas, peut-être connaissez vous le Kiosque des Noctambules situé au-dessus d’une des entrées de la station Palais Royal – Musée du Louvre à Paris. Jean-Michel Othoniel est un artiste contemporain et un sculpteur français, il a l’habitude de travailler avec des perles géantes en verre provenant de Murano, en Italie. La réalisation de la mise en scène du Trésor lui aura pris 8 années.

La première salle est la chapelle gothique Saint-Thibaud, elle se trouve au rez-de-chaussée. Elle est également appelée le lapidaire, on y retrouve des sculptures en lien avec la cathédrale, certains éléments ont fait parti du décor de l’édifice, la provenance des autres n’est pas clairement identifiée. Au centre trône La Vierge à l’enfant de Jean Degoulon, surmontée de perles d’argent. Au fond, un grand rideau en velours bleu roi est brodé de 2 231 pièces en papier doré, cela donne une impression de ciel étoilé. Un petit vitrail apporte un peu de lumière et on remarque son originalité, teinté de bleu.

La salle de l’engagement

Pour grimper à l’étage, on passe par un portail avec de superbes portes en métal. L’escalier à vis nous emmène à la salle de l’Engagement, la chapelle haute. On y retrouve une voûte gothique ainsi que des vitraux dessinés par Othoniel et réalisés par les ateliers Loire. Divers objets sont présentés dans des vitrines, ils abordent la liturgie catholique, on peut notamment voir une Bible ainsi que des vêtements de cérémonie.

Un ciboire, un vase en forme de coupe où l’on conserve les osties, est également visible mais un objet plus insolite trône au centre de la pièce, une valise. Elle a été utilisée par un prêtre prisonnier de guerre habilité à célébrer dans les camps pendant la Seconde Guerre mondiale. La salle, ainsi que ces différents éléments, sont mis en valeur par des perles noires cette fois-ci, elles font office de pieds aux vitrines.

La salle du merveilleux

Le clou du spectacle est la salle du merveilleux, qui est aussi appelée la salle du clocher. Le clocher n’existe plus, il a été abattu suite aux bombardements liés aux guerres de religion. Lors des restaurations de 2008 à 2012, la charpente est dégagée et la grande baie donnant sur la nef est réouverte. Cette ouverture est comblée par un vitrail monumental dessiné par Othoniel, il est composé de 10 000 pièces de verre, parsemées d’étoiles ambre incluses de mica et d’or.

Les petits médaillons ronds et bombés de couleur orange sont des cives à cabochon, des éléments très dur à réaliser en verrerie. Le motif présent sur les vitraux est repris également sur le papier peint et les carreaux de ciment. Justement, le sol est également impressionnant, ces entrelacs donnent presque le tournis, les carreaux ont été faits et décorés à la main.

Les perles sont ici en bleu et or, elles ornent des vitrines dont une au centre, plutôt imposante qui accueille notamment des couronnes et est surmontée d’une statue de la Vierge à l’enfant. Dans les vitrines, on peut observer une collection fournie d’ostensoirs et d’encensoirs. Près du grand vitrail, des reliques sont exposées dont le fémur de Saint Pierre Aumaître, un prêtre né en 1837 et canonisé par Jean-Paul II en 1984.

Conclusion

La cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême est un chef-d’œuvre de l’art roman et néo roman. Elle en impose avec sa façade écran et ses nombreuses sculptures détaillées. A l’intérieur, j’ai aimé la luminosité qui y règne, on s’y sent bien, et on peut mieux observer ses décors et ses voûtes. Le Trésor de la cathédrale est bien fourni et il est sublimé par la scénographie de Jean-Michel Othoniel. L’alliance d’objets anciens et d’art contemporain est une réussite, c’est inattendu et en même temps très beau. Les vitraux bleus donnent une ambiance particulière et les perles de Murano mettent bien en valeur les différents éléments du Trésor. J’ai beaucoup aimé cette visite insolite, le guide est également très pédagogue et passionné, ce qui rend ce moment encore plus mémorable. Connaissez-vous la cathédrale d’Angoulême ? Et son Trésor si particulier ? 🙂

#En France Aussi

Cet article a été rédigé dans le cadre du collectif interblogueurs “En France Aussi” qui fait la promotion de notre beau pays. Le thème du mois était “insolite”, piloté par moi-même !

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